Les résidences fermées, preuves d’une obession sécuritaire?

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Quartiers résidentialisés, villas sécurisées, résidence surveillée…les termes abondent pour désigner ce que la plupart des observateurs désignent sous le terme américain de gated communities. Phénomène urbain ayant fait son apparition en France dans les années 1990, il interroge le rapport à la ville des citadins les choisissant pour résidence. Mais tout d’abord, que sont les gated communities ?

Il s’agit de résidences aux bordures clôturées, de tel façon à garantir un filtrage des individus (ou des véhicules) pouvant entrer dans leur propriété. L’introduction de ces type de bâtiment est véritablement advenu en France via l’activité de promotion immobilière de la société Monné-Decroix, basée à Toulouse. Dans cette métropole en croissance démographique, le taux de croissance annuel est de 1.53% dans les années 1990, soit 120 000 habitants en 10 ans et autant prévus durant les années 2000. La société Monné-Decroix a tiré profit de la forte expansion de l’immobilier local pour présenter un nouveau type de produit importé des Etats-Unis, la résidence sécurisée.

Ainsi aujourd’hui quelque 13 % des nouvelles résidences commercialisées en France présenteraient ces caractéristiques, jusqu’à 20 % dans le sud de la France et près de 50% à Toulouse, selon le recensement effectué par un collectif de chercheurs spécialistes des questions d’urbanisme.

Or selon Blakely et Snyder, (Fortress America. Gated Communities in the United States, Washington DC, Brookings Institution Press) les communautés fermées aux US se caractérisent par une volonté d’indépendance, voire de sécession, à caractère fiscal. Les résidents de ces communautés paient en effet à la société gestionnaire de la résidence l’assainissement, la propreté, la sécurité et le fonctionnement des équipements communs, et ne désirent donc pas régler les impôts des collectivités locales en estimant avoir déjà contribué au financement des services publics dont ils sont usagers. Les observateurs constatent donc de la part des ces habitants une attitude de défiance sécuritaire et de volonté de vivre entre personnes de même milieu social. Il est ainsi naturel que l’on s’alarme de l’implantation en France de l’implantation de complexes à la source de ségrégation sociale et de négation de l’espace dit public.

Cepandant dans l’étude dénommée “Les ensembles résidentiels fermés en France”, il est indiqué que les trois quarts des programmes immobiliers fermés avec contrôle des accès commercialisés en 2007 sont des immeubles d’habitat collectif. La dimension modeste de ces domaines clos, avec en moyenne 47 logements, est un autre trait dominant. L’étude indique aussi que la présence d’un espace vert est l’aménité la plus fréquemment citée (61 %) dans les descriptifs. Les autres aménités, relevant d’une logique hédoniste, sont beaucoup plus rares, la principale d’entre elles étant la piscine, mentionnée dans 15 % des programmes. On est donc loin des résidences fermées comprenant de véritables petites villes comme aux Etats-Unis. De plus l’argument sécuritaire ne semble pas toujours être la motivation première des résidents, ce type de résidence proposant également des espaces verts et ludo-sportifs (piscine, courts de tennis…) qui apparaissent comme d’importants arguments de vente. « On ne vous vend plus seulement un logement, mais un mode de vie » nous éclaire Rufkin dans son ouvrage L’âge de l’accès. La révolution de la nouvelle économie (Paris, La Découverte, 2000).

Il est également abusif de parler en l’espèce de privatisation de l’espace public, au sens juridique du terme. La plupart des allées sur lesquelles sont implantées les clôtures et autres dispositifs d’accès sont en effet achetées par le promoteur immobilier avant la construction de la résidence, ceci lui permettant d’assurer la présence de réseaux viables (d’eau, d’électricité, etc.) sur le terrain à construire et déchargeant la collectivité du coût résultant de l’installation d’équipements publics. Il est au contraire assez courant que les syndicats de copropriétaires d’une rue privatisée cherche après quelque temps à demander la réintégration du terrain dans le domaine public afin de ne pas avoir à payer les chages liées à la rénovation de la route ou des réseaux…

S’il existe certes depuis des siècles des espaces servant de fiefs à la noblesse puis à la haute bourgeoisie, ils sont le produit d’une volonté de vivre dans un entre-soi et non dans un objectif sécuritaire. On est ici loin des “ghettos de riches” décrits dans l’ouvrage du même nom écrit par Thierry Paquot (Editions Perrin, 2009). La faible empleur des dispositifs de sécurité mis en oeuvre dans les résidences fermées françaises ne doit donc pas nous faire craindre un risque de sécession urbaine, à l’image des fechados communos d’Amérique latine ou des compounds d’Afrique du Sud, résidences qui constituent elles de véritables forteresses où  s’abritent la frange aisée d’une population où la répartition des richesses est extrêmement inégalitaire. Il est également notable que la moitié des habitats ainsi sécurisés sont des logements sociaux ayant fait l’objet d’une “résidentialisation”, il ne s’agit donc pas d’un type d’habitat réservé aux plus aisés. Ce phénomène contribue néanmoins à l’entretien de l’obsession sécuritaire, sujet récurrent de la politique française depuis maintenant quelques années.

Comment les décideurs politiques pourront-ils répondre à ce phénomène refusant par essence la mixité sociale et figeant l’usage de l’espace urbain? Voilà une question qui devraient animer les urbanistes durant les années à venir.

Sources :

R. Le Goix, « Gated communities : sprawl and social segregation in Southern California », Housing Studies vol. 20, n° 2, 2005

Degoutin, Stéphane (2006). Prisonniers volontaires du rêve américain.

Guilluy, Christophe (2010) « Vivre ensemble séparés ? » in Fractures françaises. Paris, François Bourin Ed.

N. Ellin, The architecture of fear, New York, Princeton architectural Press, 1997

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