Louvain-la-Neuve, un modèle d’urbanisme culturaliste

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Bibliothèque des Sciences et Technologies de l’Université catholique de Louvain

Modèle de modernité raisonnée selon Pierre Lajus, la ville de Louvain-la-Neuve est fondée en 1972 dans le Brabant wallon, à 40 km de Bruxelles. Son implantation résulte de la contestation flamande au sein de la ville de Louvain, la population étudiante néerlandophone ne supportant plus la cohabitation avec la section francophone de l’université catholique de la ville. La décision de s’implanter dans un nouveau site est donc prise par celle-ci, qui choisit pour un lieu d’implantation proche de la frontière, au sein de la province du Brabant wallon.

L’université aurait alors pu adopter dans ce paysage rural un plan d’organisation fonctionnaliste, à l’honneur durant les années 60 et 70. Mais l’urbaniste en chef chargé du projet, R. Lemaire, est un historien de l’art spécialiste des villes italiennes du Moyen-Age. Il est ainsi fortement influencé par l’urbaniste culturaliste de Camillo Sitte (formulé dans son ouvrage-phare L’Art de bâtir les villes, publié en 1889). Préférant ainsi les petites rues courbes aux avenues orthogonalement disposées, il décide de l’instauration d’axes de circulation favorisant un peuplement dense et circulaire. A contre-courant de la pensée de Colin D. Buchanan, selon lequel la ville doit s’adapter à la circulation automobile, il pense la dissociation entre circulation motorisée et piétonne en imaginant la dalle de 3 km², couvrant le centre de la ville et sous laquelle est cantonnée la circulation routière; Le centre est donc le domaine exclusif de piétons.

Le groupe Urbanisme et Architecture est mis en place pour superviser la réalisation du projet, avec pour mission de penser dans un même temps l’architecture des bâtiments, tenue de respecter un style assez homogène, et l’aménagement de la ville. Les citoyens souhaitant s’implanter bénéficient non d’un droit de propriété sur le sol mais d’un bail emphytéotique dont la durée est modulée entre 29 et 99 ans par les gérants du patrimoine universitaire. Car, et c’est là l’un des points essentiels de ce projet de ville, l’université a ici la propriété du sol, allouée par l’Etat. Elle bénéficie donc de la maîtrise du foncier, ce qui lui permet d’édicter les règles d’utilisation du sol ainsi que de mettre en place une règlementation portant sur l’aspect architectural des constructions.

L’utilisation de la brique et du toit pentu sont ainsi rendue obligatoire, de même que celle du joint ocre, élément traditionnel de la région. Afin de ne pas penser la ville  comme uniquement centralisée autour du campus, le groupe pense le campus scientifique implanté à proximité du Cyclotron, le campus des sciences humaines situé à proximité du centre et le campus sportif sur le plateau à l’opposé du Cyclotron. L’objectif est la création d’un flux d’étudiant animant la ville de part en part. La circulation piétonne, élément fondamentale, est pensé selon les règles de l’urbanisme dit relationnel, la disposition des bâtiments maximisant le nombre de points de rencontre informels. La rue courbe, inspirée de la ville baroque, permet elle la découverte progressive des édifices, élément déjà développé par Raymond Unwin dans son ouvrage L’Etude pratique du plan des villes (1909). Au niveau de la perception de l’espace, l’alternance de rues et de places devaient elle raccourcir subjectivement la distance parcourue par les piétons.

Voici un plan simplifié de la ville, on y voit clairement le dessin sinueux des rues ainsi que la place important du lac artificiel dans l’aménagement du site.Image

Les espaces vertes ne sont pas délaissés dans l’aménagement de la ville, cependant il est important de noter que du fait du contrôle très stricte apporté par l’université dans l’aménagement de son patrimoine immobilier la ville ne connait pas une urbanisation diffuse au-delà des quartiers pensés par les urbanistes : les habitants accèdent ainsi directement à la nature dès leur sortie de la vile.

Ce projet risqué est actuellement un succès, la ville connaissant un nombre grandissant de personnes souhaitant s’implanter dans son périmètre et une population de 40 000 habitants, pour moitié estudiantine.

Par les conditions exceptionnelles de son implantation la ville de Louvain-la-Neuve ne constitue pas un projet urbanistique reproductible tel quel. Cependant l’importance accordé au piéton et l’approche culturaliste de l’architecture et de l’aménagement préfigurent entre autres, et bien avant l’heure, les villes durables pensées aujourd’hui. Bien des enseignements sont donc à tirer de cette expérience urbanistique inédite.

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