Résilience et réversibilité en urbanisme

Le terme de résilience apparaît dans les écrits dans le domaine de la psychologie en 1939, et fut développé notamment par Boris Cyrulnik. Il désigne la capacité de récupération et d’adaptation d’une personne touchée par un traumatisme. Il est utilisé en écologie depuis les années 1970 afin de désigner la capacité d’un écosystème à se régénérer après un choc. Depuis le début des années 2000, ce terme à commencé à être employé en aménagement afin de désigner la capacité d’un territoire ou d’une organisation humaine à faire face à une catastrophe et continuer de se développer après son occurence. Les catastrophes naturelles et environnementales, les crises économiques et les guerres sont autant de chocs pour les villes, c’est à dire, in fine, leur organisation interne et leur tissu social.

Les éléments-clés de la résilience communautaire sont la capacité à nouer et entretenir des liens sociaux, la capacité mentale à concevoir la catastrophe et se penser capable de la surmonter (son « imaginabilité » comme l’appelle Kevin Lynch dans L’image de cité), la capacité d’innovation du groupe ainsi que sa capacité à prendre des décisions collectives.

Le « Consortium for Sustainable Development », le US National Research Council (1999, 2002), et le Millennium Ecosystem Assessment (2003) ont impulsé sur la scène internationale une nouvelle approche du développement durable. Auparavant vu comme la simple réduction des impacts environnemtaux des activités humaines, le développement durable est alors abordé sous l’angle des risques et de la robustesse des sociétés humaines.

« Contrairement à la ville stable, sécurisée, hiérarchisée, optimisée et normée, chère au développement durable, la ville résiliente est flexible et transformable. Elle fonctionne en hétérarchie, limite les dépendances et multiplie interconnexions et redondances entre les différentes échelles de fonctionnement. Le risque fait partie de ses fondements, tout comme les ressources qui peuvent s’en dégager….La crise est révélatrice d’opportunités… » (Marco Stathopoulos,, Qu’est que la résilience urbaine ?, revue Urbanisme n°381)

Les catastrophes naturelles touchant les zones urbanisées augmentent d’année en année. Or si les dommages augmentent, c’est notamment parce que les enjeux (logements, activités, infrastructures, équipements) sont de plus en plus nombreux dans les zones d’aléas, comme l’atteste entre autres la forte urbanisation des zones inondables. L’intensification des évènements climatiques extrêmes semble également à l’œuvre, avec une responsabilité probable du changement climatique, même si celle-ci reste difficilement quantifiable.

Or la robustesse d’une ville face à un stress ou une catastrophe (qu’elle soit d’ailleurs environnementale, économique ou sociale) tient aussi bien à des systèmes techniques de prévention (tel le barrage destiné à freiner l’apparition de crues torrentielles) qu’à la culture du risque des populations concernées et leur niveau de cohésion sociale.

Remarquable adaptation d'un Britannique à une inondation

Remarquable adaptation d’un Britannique à une inondation

Une autre notion émergente dans le domaine de l’urbanisme, très liée à celle de résilience, est celle de la réversibilité : la possibilité pour un bâtiment, un ilot urbain ou un équipement de changer radicalement de fonction le moment venu.

Dans les écoquartiers, la flexibilité fonctionnelle des bâtiments est devenu une des marques de leur exemplarité, tout comme la prévision de leur recyclage en fin de vie. Les divers types de friches urbaines (industrielles, ferroviaires, commerciales…) sont l’objet de très nombreux projets et études visant leur réhabilitation tournée vers de nouvelles fonctions, et sont un élément-clé de l’objectif de renouvellement urbain prévu en France dès la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain) du 19 décembre 2000, et devenu un nouveau paradigme en aménagement durant les années 1980. C’est là un véritable changement de paradigme dans le domaine de l’aménagement, la ville du 20e siècle ayant été constamment marquée par l’idée que sa construction serait irréversible.

La réversibilité est pourtant absente ou seulement implicite dans la plupart de la littérature française sur les projets urbains de développement durable, et encore peu intégrée aux normes techniques du bâtiment. Elle est pourtant associée au changement de représentation en cours concernant le changement climatique, qu’il ne s’agit plus seulement d’atténuer mais auquel il faut également s’adapter.

Exemple de reconversion, la principale autoroute urbaine de Seoul s’est vue démantelée et aménagée en jardin traversée par une rivière ancienne jusque-là busée. Le succès de cette opération a à son tour inspiré d’autres projets de reconquête verte, comme celui, porté par le secteur associatif, consistant en la reconversion en jardins partagés des sections à l’abandon de la ceinture ferroviaire de Paris.

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La grande autoroute urbaine de Séoul, revisitée en lieu de vie

Mais réversibilité ne rime pas avec rupture historique. Comme le montre Philippe Panerai, les trames viaires et foncières de la ville font preuve au cours du temps historique d’une très grande résilience, et constituent le fil conducteur permettant le maintien de l’identité des lieux. La résilience et la réversibilité ne signifient donc pas, comme on pourrait le penser au premier coup d’oeil, la perte de la cohérence historique des quartiers et leur patrimoine, la ville étant déjà un « territoire palimpseste » comme le démontre André Corboz dans ses écrits des années 2000.

La difficulté à penser et accepter la réversibilité est très liée au fait que la recherche d’un état parfait, idéal et définitif, est une idée très profondément ancrée dans les cultures occidentales.

Résilience et réversibilité sont donc aujourd’hui deux notions novatrices en matière de politique urbaine, et promises à soulever bien des débats, dont certains sont exposés dans les sources disponibles ci-dessous.

Sources

http://villepermaculturelle.wordpress.com/

http://www.resilis.fr/

http://www.citego.info/

http://www.urbanews.fr/2011/11/17/16868-epopee-de-la-resilience-urbaine-1/#.UxEcoIXvaSo

http://territoires2040-datar.com/spip.php?rubrique1

http://www.urbanews.fr/2014/02/11/39781-seoul-se-separe-de-sa-premiere-autoroute-urbaine/

Marie Toubin, Serge Lhomme, Youssef Diab, Damien Serre et Richard Laganier, « La Résilience urbaine : un nouveau concept opérationnel vecteur de durabilité urbaine ? », Développement durable et territoires [En ligne], Vol. 3, n° 1 | Mai 2012

André Corboz, Le Territoire comme palimpseste et autres essais, Les édition de l’imprimeur, 2001

Phlippe Panerai, Formes urbaines, de l’ilot à la barre, Editions Parenthèses, collection Eupalinos, 1997

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